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Vignobles


« Mes vins reflètent leur lieu, leur terroir, donc je laisse les vignes briller, pas ma capacité à les changer. »

Je produis en petites quantités des vins naturels et vibrants issus des terroirs de Morgon et Fleurie, dans le centre-est de la France – des régions où la géologie, l'altitude, le climat et la culture créent des vins véritablement exceptionnels. J'ai délibérément choisi ces parcelles plus fraîches, plus élevées et plus escarpées : elles exigent plus de travail, mais donnent des vins d'une qualité supérieure.

Ma pratique agricole est résolument traditionnelle – imaginez un manuel agricole des années 1920. Certifiée biologique, je cultive mes vignes. Tout est fait à la main, souvent avec des chevaux de trait français. Aucun produit pétrochimique, jamais. À la place : cultures de couverture diversifiées, compost organique, culture sèche et respect de l'écosystème local – nichoirs à chauves-souris, hôtels à insectes, etc. C'est un chemin coûteux, mais il révèle la véritable nature de ces collines et nous permet de traiter la terre, et nos corps, avec respect.

En fin de compte, il s'agit d'une exploitation biologique et végétale, portée par les hommes, les chevaux et un travail acharné.

"Ces vignes de 70 ans, cultivées de manière biologique et cultivées sur des sols abrupts de granit rose à plus de 460 mètres d'altitude, sont le lieu où naissent des vins extraordinaires."

Une histoire à couper le souffle

Morgon et Fleurie cultivent la vigne depuis près de vingt siècles, d'abord sous les Romains, puis sous les moines bénédictins du VIIe au Xe siècle.

Leur appellation d'origine contrôlée (AOC) « Cru » leur a été accordée en 1936, la même année que Pauillac et Romanée-Conti. Le prestige y est profondément ancré.

Ce sont de minuscules appellations : Morgon ne compte que 1 110 hectares, soit la moitié de la superficie d'Oakville à Napa, et Fleurie est encore plus petite avec 840 hectares. Comparées à des régions comme la côte ouest de Sonoma et ses 56 656 hectares, elles sont minuscules.

Toutes deux sont presque entièrement plantées de Gamay, cépage qui tire son nom d'un petit hameau bourguignon. Issu du croisement entre le Pinot Noir et le Gouais Blanc, le Gamay donne des vins rouges veloutés, moyennement corsés, d'une richesse remarquable.

Chevaux de labour Pompom & Gingembre travaillant les rangs

Chevaux de labour Pompom & Gingembre travaillant les rangs

Lever de soleil hivernal enneigé dans mon vignoble de Fleurie

Lever de soleil hivernal enneigé dans mon vignoble de Fleurie

Emplacement, altitude et microclimat

Morgon et Fleurie sont des collines escarpées et venteuses, coincées entre le Massif Central et les Alpes, dans le centre-est de la France. Par temps clair, on aperçoit le Mont Blanc à l'est ; la Côte d'Or bourguignonne se situe à quelques kilomètres au nord.

Les meilleurs crus de la région ont plusieurs points communs : l'altitude, des sols granitiques pauvres, de vieilles vignes et un terrain accidenté. Ces collines encaissent tous les caprices de la nature : neige, grésil, grêle, pluies torrentielles, vents violents, suivis de longues périodes de soleil estival éclatant. Une viticulture exigeante. Un vin magnifique.

Mon Morgon « Bellevue » se situe à environ 400 mètres d'altitude. Le Fleurie « Fonfotin » grimpe plus haut, à 460 mètres, à l'extrême ouest de l'appellation, où la neige est fréquente en hiver. Pauillac, et même Romanée-Conti, se trouvent quant à eux confortablement au niveau de la mer.

Granite

En 2008, des géologues ont lancé un projet décennal visant à cartographier chaque parcelle de sol de la région. Ils ont creusé plus de 15 000 fosses de près de deux mètres de profondeur, catalogué des milliers d'échantillons et constitué une base de données inédite dans le monde viticole. Le résultat : une carte des sols sans précédent, une mosaïque dont les vignerons rêvaient autrefois.

à l'ouest, dans les appellations Morgon et Fleurie, les sols sont composés d'un ancien granit rose érodé, parsemé de quartz et de mica, et coloré par le feldspath. Une minéralité à l'état pur. L'eau de pluie s'infiltre rapidement dans ce sol rocailleux, obligeant les vignes à enfoncer leurs racines profondément. Et contrairement à la Californie, l'irrigation y est interdite : la nature règne en maître.

Mes vignes reposent sur :

  • Morgon : granit rose ancien et profond
  • Fleurie : granit rose érodé et peu profond
Des vignes de Gamay de 70 ans luttent dans le sol de granit rose de Morgon

Mes vignes de Gamay de 70 ans luttent dans le sol de granit rose de Morgon

Jonathan Pey tenant une caisse de raisins pendant les vendanges dans le Cru Morgon, France
Moutons paissant dans un vignoble

Vignes anciennes à flanc de coteau et à haute densité

Dans certaines appellations de cru, les vignobles de l'est sont plats, fertiles et faciles à cultiver : sols limoneux, tracteurs, rendements importants, vins modestes, prix abordables.

Mes vignobles se situent à l'opposé. Ils s'étendent sur les coteaux occidentaux de Morgon et de Fleurie, avec des pentes de 20 à 40 % dans un sol granitique dur. Tout est fait à la main, cep par cep, à une densité d'environ 10 000 pieds par hectare, soit environ 2,5 fois celle de Sonoma. C'est un travail pénible, lent et coûteux.

Des chevaux de trait français manœuvrent avec une précision sereine les rangs escarpés, se faufilant entre les rangs serrés et sur ce terrain rocailleux. Leurs déjections sont directement réintégrées au sol.

Les vignes elles-mêmes sont anciennes : plantées en 1953, elles ont maintenant plus de 70 ans. Noueuses, taillées en gobelet, elles sont basses. La taille est pénible, la vendange aussi, et les rendements sont faibles. Pourtant, elles sont encore capables de produire d'excellents fruits pendant des décennies.

Agriculture naturelle et biologique

Mes vignobles Morgon et Fleurie « Cru » sont certifiés biologiques après un long et exigeant processus de trois ans. Aucun herbicide ni fongicide toxique. Sur les pentes abruptes, cela implique plus de passages, plus de travail manuel et plus d'efforts.

L'agriculture biologique me coûte environ 25 % de plus par hectare, et les rendements sont moindres : pas de raccourcis chimiques, pas de vignes artificiellement traitées. Je dépense plus et je récolte moins.

Pourtant, c'est la seule façon de cultiver ces coteaux de manière authentique, et la seule façon de produire des vins qui expriment véritablement leur terroir.

Hôtel à insectes durable dans le vignoble

Nos "hôtels à insectes" améliorent la diversité écologique dans mes vignobles biologiques

Vin du Cru Morgon sur granit du vignoble

Sélection Massale

Propriétaires d'origine du vignoble Fleurie

Mon vignoble Fleurie « Fonfotin » a été planté au XIXe siècle par Joseph et Joséphine Dury Dargaud, puis soigneusement cultivé par leurs descendants de génération en génération. C'est un témoignage vivant et précieux du patrimoine viticole.

La famille a ensuite confié le vignoble au meilleur pépinière de la région, maître en physiologie de la vigne et en multiplication naturelle. Leurs boutures de vieilles vignes issues de sélection massale étaient très recherchées par les plus grands vignerons du Beaujolais.

La sélection massale est une méthode lente, artisanale et profondément traditionnelle, à mille lieues du clonage moderne. Pendant plusieurs saisons, les bourgeons des meilleures vignes sont sélectionnés, multipliés naturellement et replantés afin de préserver une véritable diversité génétique. Il s'agit de semences anciennes, et non de clones industriels.

Clôture en pierre originale en granit local

Ces plants de vigne de grande qualité ont été mis en terre il y a plus de 70 ans sur mon terrain escarpé de Fonfotin, derrière des murs de granit d'origine. Les vignes sont irrégulières, les rendements sont faibles et les vins sont tout sauf ordinaires.

Selection Massale icon

Ce vignoble est un pur terroir : certifié bio, génétiquement diversifié et extrêmement rare. Ce Fleurie est très peu nombreux. Savourez-le.

Que signifie "Cru" dans Morgon et Fleurie ?

En France, un cru désigne un terroir d'exception, une zone géographique précisément délimitée et officiellement reconnue par l'INAO pour la qualité de ses raisins et de ses vins. Le Beaujolais ne compte que dix crus, un système plus proche de celui de la Champagne que de celui de Bordeaux.

Un cru ne se résume pas à une simple zone géographique. Il impose des limites strictes : un rendement maximal de 48 hectolitres par hectare (environ 3,1 tonnes par acre, soit environ la moitié de la moyenne californienne). En réalité, la nature a souvent le dernier mot. En 2022, mon Morgon n'a donné que 25 hl/ha. En 2024, mon Fleurie n'a rien donné. Quelle déception !

Le cahier des charges des crus impose également des exigences essentielles : uniquement du Gamay, un taux d'alcool minimum de 10,5 %, une fermentation et une mise en bouteille locales, et une dégustation à l'aveugle obligatoire avant la commercialisation.

En résumé, un cru est un terroir contraignant : défini légalement, strictement réglementé et conçu pour garantir que les vins reflètent le meilleur d'un territoire très restreint.

"Lieu-Dit"

Mes vignobles de Morgon et de Fleurie portent également des appellations de lieu-dit prestigieuses : « Bellevue » à Morgon et « Fonfotin » à Fleurie. L'idée remonte à 640 à Gevrey-Chambertin : un lieu-dit désigne une parcelle minuscule reconnue pour son sol, sa pente et son microclimat uniques. En Bourgogne, on parle de climats, mais le sens est le même : un petit coin de terre qui possède sa propre identité.

« Bellevue » et « Fonfotin » sont discrètement célèbres parmi les sommeliers parisiens les plus avertis, mais restent rares en Amérique du Nord.